La Poterie de Reconsat

Solen Le Digol

22, Reconsat

23220 Chéniers

06 89 26 25 53

 

                            

 

A 16 ans l'école m'ennuyait, d'ailleurs elle ne voulait plus de moi alors il a bien fallu m'orienter vers une voie vertueuse. J'ai hésité avec le bois et c'est la terre qui a pesé plus lourd dans la balance.

J'ai donc appris à découvrir la terre au CNIFOP, cette année m'a transformée et j'ai enchaîné avec la formation de perfectionnement à la Maison de la Terre, rebaptisée Maison de la Céramique de Dieulefit.

A 19 ans, j'avais dans mes bagages de solides bases. J'ai d'abord tourné pour différents potiers en parallèle de petits jobs.

A 25 ans et 9 ans de  poterie, j'ai bifurqué vers la voie du social en tant qu'animatrice en milieu protégés. Lors de mes formations, j'ai vu tant de femmes ( la profession s'est féminisée) qui, au bout de 20 ans de carrière, se réorientaient vers un métier plus en adéquation avec elles-même, que ça m'a donné envie d'aller voir ailleurs pour ne pas risquer de m'y enfermer malgré moi.

Quelques années plus tard, le contact avec la terre me manquait, la grande famille des potiers aussi. Ce manque grandissait à mesure que travailler dans le social, milieu très hiérarchisé, commençait à me contrarier.

C'est à ce croisement que j'ai rencontré mon compagnon Manu Peccatte, potier. Il partageait l'atelier de Suzy Brunet, devenue ma maman de cœur et c'est dans cet univers que j'ai trouvé le déclic de me mettre à mon compte et faire ma propre production.

Me lancer dans le grand bain n'a pas été sans appréhension de ma valeur mais auprès de professionnels ancrés et bienveillants je me suis vite rendue compte que le pire juge est soi-même. J'avais envie de tourner, créer, faire sans visualiser mes pièces finies, décorées, pourtant la terre que j'utilisais, que j'utilise toujours, est de la faïence, terre qui cuit à basse température et qui, pour être destinée à la vaisselle, ne peut rester brute.

 

En 2012 avec Manu, nous avons mis le cap vers la Creuse où nous y avons trouvé notre coin de paradis.

Mes pièces, mon tournage évoluaient malgré ce décor que je ne parvenais pas à faire vraiment évoluer.

 

Puis en mars 2015, l'enclume est tombée, Manu s'en est allé. Suzy m'avait prévenue, il allait falloir travailler, travailler et m'accrocher.

J'ai travaillé, travaillé, me suis accrochée. J'ai transformé une ancienne grange à cochons en véritable boutique de campagne, j'ai peaufiné mes formes, changé mes cuissons, assagit mon décor mais au bout de quelques petites années j'ai bien du constater que non, je ne vends pas assez.

Je me suis dit que peut-être fallait-il que j'arrête la poterie... ça me faisait mal au cœur.

Alors je me suis mise de côté, seule dans mon atelier, j'ai commencé à me poser les questions que certainement d'autres se posent avant... Pourquoi la terre, pourquoi cette terre, pourquoi ce décor, qu'ai-je à dire ?

Les bateaux, la vague sont arrivés ou plutôt, j'ai osé les regarder. Très rarement j'avais travaillé la terre autrement que pour faire de la vaisselle. Les bateaux ont toujours étaient là, ils n'ont pas sombré et la vague n'a pas n'a pas claqué sur moi. Je me suis focalisée sur la forme, les courbes en gardant l'audace d'y transmettre ce qui m'anime.

 

Et je suis devenue enceinte et maman. Une pause, une vraie qui a permis de faire décanter ces questions et ces années.

 

La terre est un fabuleux médium d'expression, tout y est possible.

Deux ans plus tard, je retrouve mon cher atelier pour vivre un nouveau chapitre. J'ai bien du quand-même dire à mes peurs de l'échec de rester à l'entrée, voire carrément de partir. J'ai retrouvé, trouvé tout simplement la légèreté et le plaisir de l'enfant en dedans de moi!

 

Une page est tournée, une nouvelle histoire se crée.